mardi 1 mai 2018

Le 1er mais

Comme chaque année la « Fête du Travail » est marquée par des défilés syndicaux, et comme chaque année le constat est implacable : les syndicats défilent chacun de leur côté,  avec des mots d’ordre disparates, en affichant leur faiblesses, comme le titre d’ailleurs « Le Monde » ce matin: « 1er Mai : démonstration de faiblesse syndicale ».
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Or, si aujourd’hui le 1er mai est pour beaucoup de nos concitoyens surtout synonyme de jour férié (instauré en 1919), il avait à l’origine pour objectif de célébrer les combats et les victoires des « travailleurs ». Il était une journée qui permettait à tous de se remémorer le « chemin accompli » dans une optique de « progrès social ». Ici il faut bien reconnaître qu’il n’y a pas de victoire récente à célébrer, les dernières avancées sociales auxquelles on pourrait penser datant du premier mandat de François Mitterrand (la retraite à 60 ans en 1982 depuis très largement remise en cause, la cinquième semaine de congés payés et les 39 heures toujours en 1982). Certains pourraient aussi invoquer l’instauration des 35 heures au début des années 2000 sous le gouvernement Jospin, mais l’application de cette mesure a été loin d’être uniforme et ses effets diversement perçus, notamment dans certains secteurs comme l’hôpital.
 
Concrètement depuis plus de 30 ans en matière de droits des salariés et d’avancées sociales le bilan est plus que maigre, et c’est plutôt à un lent détricotage des acquis qu’on a assisté ; on sait bien que ce mouvement d’affaiblissement de la protection sociale est lié à la grande offensive idéologique et politique, qu’on pourra qualifier de « néolibérale » pour simplifier, menée aux Etats-Unis et en Europe occidentale. SI cette vague néolibérale a été couronnée de succès c’est aussi parce que les formes traditionnelles d’opposition au moins-disant social se sont révélées inopérantes, infructueuses. Dans ce contexte les syndicats n’ont pas ou peu joué leur rôle de défense des salariés.

On peut penser par exemple que la/le (droit de) grève, droit qui a une valeur constitutionnelle dans notre République, est devenue un moyen d’action de moins en moins adapté (d’ailleurs le nombre de jours de grève en France baisse de façon structurelle depuis 30 ans).  Les dernières grèves qui ont « réussi » sont celles de 1995 à l’époque du gouvernement Juppé, et la grève SNCF qui a lieu actuellement ne semble pas en mesure d’infléchir la politique d’Emmanuel Macron sur le ferroviaire.
Pratiquement Il est de plus en plus difficile de faire grève et cela est très pénalisant pour les salariés (non paiement des salaires principalement, surtout dans le secteur privé). En conséquence on continue à voir des grèves dans le public et de moins en moins dans le privé, mais elles sont alors le plus souvent perçues négativement, car elles pénalisent  les usagers d’une part, et apparaissent comme l’instrument de défense de privilégiés d’autre part.
De la même façon le rôle des salariés au sein des instances de décision dans les entreprises reste marginal et il y a eu très peu d’évolutions en la matière au cours des dernières années malgré les beaux discours sur la « gouvernance éthique » ou la Responsabilité Sociale des Entreprises (on regardera avec attention ce que donnera la réflexion en cours sur l’objet social des entreprises). On peut même affirmer que la gouvernance des entreprises, surtout pour les plus grandes, au cours des dernières décennies a été encore plus déformée en faveur des actionnaires, au détriment des autres parties prenantes (salariés, clients, tiers).

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En France la situation syndicale est particulièrement mauvaise : les syndicats y sont faibles avec un taux de syndicalisation très bas, leur financement est opaque notamment en liaison avec la gestion de la formation professionnelle, et leur stratégie est avant tout défensive, particulièrement dans certains secteurs spécifiques – on pense par exemple à la SNCF. An final les syndicats français apparaissent au mieux comme décalés et au pire comme dépassés. Dans tous les cas ils sont peu représentatifs et ils sont inefficaces.
Or cette question de l’efficacité nous paraît fondamentale, d’autant plus un jour de Fête du Travail; quelles sont les formes d’action qui, en 2018, peuvent être pertinentes pour défendre les salariés et conquérir de nouveaux droits ? Quels sont les moyens d’établir un rapport de force et les conditions d’une négociation favorable aux « travailleurs » ? En un mot comment inventer de nouveaux modes et/ou de revendication de conflit qui soient légitimes, performants et réalistes ?

Il faut aborder cette question de front, ce qui a l’évidence passera par une remise en cause profonde des syndicats actuels et de leur représentativité ; on esquissera ici quelques pistes, mais pour certaines d’entre elles il faudra une impulsion politique :
·       Remise en cause des mécanismes de représentativité des syndicats, permettant l’émergence de nouvelles organisations et supprimant le monopole de fait exercé par les centrales actuelles
·       Refonte complète du financement syndical, permettant une transparence totale des fonds collectés. Le financement public doit être garanti et pérenne. Comme pour les parlementaires des mécanises de limitation des mandats dans le temps doivent être prévus.
·       Extension et approfondissement du rôle des représentants des salariés (y compris pour les entreprises de moins de 5000 salariés) au sein des organismes de gouvernance, comme les conseils d’administration. Les voix des représentants des salariés doivent représenter au minimum 20% des voix du CA et disposer d'un veto et/ou d'un droit d'alerte pour certaines décisions.
·       Mise en œuvre de nouveaux mode d’actions sur le terrain : par exemple en privilégiant les grèves du zèle qui peuvent parfois simplement signifier assurer un vrai service au client !, ou en fournissant des prestations gratuitement. Dans tous les cas il apparaît urgent d’imaginer des modalités de revendication qui associent les clients ou les usagers, et qui les pénalisent le moins possible. Dans un environnement où la bataille de l’opinion est cruciale cela est un élément clé pour la réussite des actions  qui sont menées.

Ces réflexions peuvent bien évidemment être discutées, critiquées, améliorées, mais si nous souhaitons que le 1er mai permette à nouveau de célébrer des conquêtes sociales, nous ne pourrons pas faire l’économie d’un débat sur ce sujet.

MàJ à 20h, le 1 er mai: les violences - évidemment condamnables - constatées dans le cortège de Paris vont en outre focaliser l'attention sur ce seul sujet occultant tout débat sur les aspects sociaux des manifestations du 1er mai.

Chem Assayag

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