dimanche 26 juin 2016

Brexit en vrac, ou quelques réflexions sur le "leave"


Référendum : le référendum est sans doute, dans nos démocraties malades, un des rares moyens pour les citoyens de faire réellement entendre leur voix.  Ce n’est pas un outil parfait, il comporte de nombreuses limitations, mais si on considère qu’il n’est pas adapté alors il ne faut pas l’utiliser ! Il a même acquis un pouvoir subversif, puisqu’à plusieurs reprises – voir le référendum français de 2005 sur l’Europe  - les gouvernants ont tout fait pour ignorer les résultats de ces consultations, contribuant à décrédibiliser totalement leur discours, singulièrement sur le sujet européen.
Dans l’esprit de nos « élites » politiques et médiatiques, le référendum c’est bien mais uniquement quand le résultat est conforme à leurs aspirations.
Ainsi dans le cas du Brexit on assiste depuis vendredi à un flot de commentaires nous expliquant que ceux qui ont voté pour la sortie sont trop vieux, trop peu éduqués, trop ruraux, en somme trop « idiots » pour avoir correctement voté, et certains le regrettent déjà. D’ailleurs le  scrutin à peine clos, certains appellent à revoter, ou veulent à leur tour contourner le vote, comme à travers ces appels un peu surréalistes à l’indépendance de Londres. Dans un mépris à peine voilé, on veut nous expliquer finalement que ces voix ne devraient pas compter de la même façon, puisqu’elles ne vont pas dans le bon sens. On ne va quand même pas considérer que la voix d’un paysan âgé du Nord de l’Angleterre compte autant que celle d’un trader londonien. No way !
Outre que cette approche remet en cause le fondement même du principe démocratique – un homme, une voix – elle montre encore une fois à quel point nos « élites "sont à côté de la plaque. Elles sont incapables de comprendre que le projet européen actuel est perçu comme négatif par une part croissante des citoyens européens, car pour eux il est synonyme d’une vie plus compliquée, plus dure, au quotidien. En Europe la fiction d’une mondialisation heureuse, couplée au primat économique, dont l’Union Européenne est devenue l’incarnation, les peuples n’y croient pas ou plus.

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TAFTA : dans les circonstances actuelles si Angela Merkel et François Hollande avaient un minimum de sens politique ils annonceraient qu’ils mettent fin aux négociations du  traité de libre échange entre l’UE et les Etats-Unis. Mais ils ne le feront pas.

Conséquences : personne ne sait quelles seront les conséquences économiques du Brexit,  que ce soit pour l’économie britannique ou pour les autres pays de l’UE. Cela dépendra notamment des modalités d’association entre le Royaume Uni et l'Union qui seront mises en place. Il existe plusieurs scénarios et à ce jour personne ne sait lequel prévaudra. Les optimistes ou les pessimistes à ce stade devraient surtout se taire.

Populisme : la campagne a été dirty. Elle montre encore une fois à quel point dans nos sociétés de l’information instantanée, des réseaux sociaux et de l’émotion, les arguments rationnels deviennent secondaires. Ce qui compte c’est l’image, la punch line, le culot.
A ce petit jeu il est beaucoup plus facile de gagner en faisant peur, en s’appuyant sur les instincts basiques, que d’essayer de faire preuve de pédagogie et de rigueur.  Les partisans du Brexit l’ont très bien compris, comme Donald Trump pour sa campagne aux USA.
Résultat de recherche d'images pour "farage"Pour ceux qui comptent faire campagne en France en 2017, singulièrement au sein des partis traditionnels, il va falloir intégrer cette nouvelle donne, imaginer des nouvelles stratégies de communication, s’ils veulent espérer contrer les discours populistes et/ou démagogiques.

Europe : nous y sommes presque. Le moment de vérité approche. Soit le Brexit donne le signal d’un délitement progressif du projet européen, qui se résumera à être une zone de libre échange, soit le Brexit est le signal qui provoque le sursaut. 
Comme souvent les solutions sont connues, ici en l'occurrence les conditions d’un rebond du projet européen : décision de créer un noyau de pays qui souhaitent approfondir le projet – et la zone Euro c’est déjà trop de monde -, coordination accrue des politiques économiques et fiscales entre ces pays avec comme corollaire une solidarité financière entre eux, affirmation d’un projet social et écologique ambitieux pour ce noyau, refonte des modes de gouvernance avec une place accrue accordée au Parlement, abandon des règles inefficaces et absurdes instaurées par le TSCG (déficit notamment), création d’un vrai budget européen…
On use très souvent et à mauvais escient de la pompeuse formule « ils ont rendez-vous avec l‘histoire » en parlant de nos gouvernants, pour une fois elle paraît pertinente.

Soldes : les soldes ont commencé chez Harrods et la livre est au plus bas. C’est le moment de prendre l’Eurostar.


Euro 2016 : au moment où j’écris ce billet la probabilité de voir un France-Angleterre enquarts de finale de l’Euro de football est assez élevée. Dans ce cas précis je serai content de voir les anglais sortir...

samedi 18 juin 2016

CGT, MEDEF, Valls : Extension du domaine du populisme


A 44 ans, je suis trop jeune pour avoir connu Mai 68. Mais j'ai quand même connu quelques grèves et blocages. Ceux liés à la loi Devaquet en 86 avec la mort de Malik Oussekine. J'ai assisté à des charges de CRS place Bellecour (je n'étais pas en face, je n'ai jamais beaucoup aimé ni la foule, ni les manifs et je sens que je ne serais pas fan des coups de matraques), roulé en sens inverse sur l'A6 devant des flics effarés (je vous rassure, pas de trafic en face) alors que des centaines de poids-lourds bloquaient ma voie avant de se faire virer par des chars de l'armée. Et puis le CPE, la manif' pour tous plus récemment. Mais je n'ai surtout pas connu de mai 68 la fin, la volonté des communistes (des stals, des vrais) et des maos de "fusionner les luttes", voire de prendre le pouvoir par la force. De Gaulle s'enfuyant dans le secret à Baden-Baden pour aller s'assurer auprès de Massu du soutien de l'armée, puis revenir organiser une contre-manifestation monstre et un plébiscite qui allait clore mai 68 (le mouvement) et paradoxalement, ce revolutionus interruptus assurant le succès de Mai 68 en profondeur dans la société (qui se souvient que Mai 68 a commencé des mois avant, les étudiants voulant recevoir de la visite féminine dans leur piaule de Jussieu ? des révolutions commencent contre l'oppression ou pour la faim mais là c'était pour la baise).

Mais le conflit interminable que nous vivons actuellement, non, ça je n'ai pas de souvenirs. Cela ressemble à une espèce de lutte à mort entre un syndicat vieillissant, sorti de la matrice idéologique du XXè siècle (il prenait ses ordres de Moscou dans ma jeunesse) et affaibli (il est en passe d'être doublé par la CFDT) face à un gouvernement accusé de social-traîtrise, lui-même le plus faible gouvernement de la Ve république (les IIIe et IVe ne s'étant pas fait remarquer par leur force), débordé, méprisé plus que honni, et qui risque de voir un président sortant de même pas être au 2nd tour de l'élection présidentielle. Evidemment, on ne peut s'empêcher de penser que la gauche française est une hydre à deux têtes, n'ayant pas fait son Bad Godesberg (congrès du SPD allemand où l'économie de marché avait été acceptée en 1959). Elle est en permanence tiraillée entre une aile gauche qui voudrait tout changer et qui n'en peut mais (cf 81-83) et une aile réformiste qui va souvent au-delà de ce que la droite peut réaliser (désinflation compétitive sous Delors, Valls, Macron, ...). On pourra évidemment arguer qu'un même phénomène déchire la droite depuis 30 ans avec le FN.

"Il faut savoir terminer une grève" selon les mots célèbres de Maurice Thorez (qui lui avait été dictés par Moscou, ne souhaitant pas que son allié français ne soit trop affaibli en cas de conflit avec l'Allemagne). Il avait bien sur ajouté "dès que satisfaction a été obtenue". Et surtout, peut-être : "Il faut même savoir consentir au compromis si toutes les revendications n’ont pas encore été acceptées mais que l’on a obtenu la victoire sur les plus essentielles revendications". Je ne me prononcerai pas sur la justesse des conditions, sur le fondement de la loi El Khomri (ou ce qu'il en reste). De toute façon, toute discussion sur le fond est totalement parasitée par le conflit. La loi n'est plus qu'un symbole, bien trop lourd à porter par les seules épaules de Mme El Khomri. Ce qui m'intéresse plus, c'est l'extension du domaine du populisme que semble révéler cette affaire. 

Revenons à le base. A part pour quelques allumés de l'auto-gestion et de l'anarchie ou à moins d'envisager la France comme une juxtaposition de phalanstères à la Fourier, il est impossible que les 66 millions de Français (allez disons 50 en enlevant les enfants) se gèrent directement eux-mêmes. Une fois l'option despotique quasiment disparue après la Révolution Française, la démocratie représentative s'est imposée partout. Il s'agit pour les individus de déléguer la gestion du pays à des élus (idéalement au suffrage universel). Evidemment, ceux-ci doivent s'appuyer sur une bureaucratie, nommée elle (quoique les juges ou les Shérifs puissent être élus, comme aux USA, mais cela ne manque pas d'inconvénient) et qui peut s'avérer très puissante (les gouvernants passent, elle, elle reste - là encore, le spoil system américain montre une autre voie). Entre ces élites et le pékin moyen existe ce qu'on appelle les corps intermédiaires : syndicats (patronaux ou de salariés) ou encore la presse (et tous ses avatars) en tant que contre-pouvoirs. 

Seulement voilà, dans tous les pays développés, ceux que leur détracteurs appellent les "élites mediatico-politiques" voient leur crédibilité fondre comme l'acide. Gouvernants, journalistes, hauts fonctionnaires, syndicats, tous sont jetés aux orties par cette apparente nouvelle maladie de la démocratie (que l'on ne peut comparer, je pense, à celle des années 30). Et malheureusement nul part autant qu'en France. France qui est devenue la pionnière du nouveau populisme (nouveau car il y a eu Poujade en France dans les années 60 et d'autres ailleurs) depuis 30 ans avec le Front National. Bien sur, le phénomène est très loin d'être limité à la France (M3S en Italie, UKIP en Angleterre, Pologne, Hongrie, US avec Trump, Syriza en Grèce, Podemos en Espagne, ...). 

Ce qui est assez étonnant, c'est que le populisme est une sorte d'OVNI de la politique. On n'en trouve pas de définition univoque. On évoque souvent le fait de s'adresser directement au peuple hors de la représentation populaire (les élus) et par-dessus la tête des corps intermédiaires. Ceci étant, vouloir parler directement "au peuple", malgré la vanité que cela sous-tend, ne semble pas bien grave. Après tout, De Gaulle n'a-t-il pas conçu la fonction présidentielle comme la "rencontre d'un homme et d'un peuple" (et pas via les syndicats par exemple). On sent bien qu'il est question d'autre chose, du rejet des élites et d'une certaine démagogie. Ce rejet des élites est, je pense, au centre de l'affaire.

D'où vient-il ? Certains invoqueront l'individualisme (en se tournant même vers les idéaux libertaires des années 60/70 qui ont sévi en France et dans la plupart des grandes démocraties) mais je n'y crois guère. On nous rebat les oreilles du "faire société" (je hais cette expression) mais homo sapiens  est bâti pour vivre en société. Freud a merveilleusement décrit en 1927 dans Malaise dans la culture la tension permanente entre Eros et Thanatos, le besoin impérieux de l'Homme de vivre en société et les accommodements permanents exigés par cette vie en société. Rien de nouveau sous le soleil. La faiblesse de la classe politique est souvent mise en avant mais ne souffre-t-elle pas de la comparaison avec les grandes figures issues du creuset des temps tragiques ? (De Gaulle, Churchill, ...)? Il y a aussi de la lassitude après tant d'années de paix, une corruption des élites bien existante (même si pas généralisée non plus), le sentiment de l'impuissance des politiques à nous sortir du marasme apparu il y a presque deux générations, la méfiance apparue vis-à-vis du progrès technique, l'impression que le choix électoral est bien rabougri. Je pense aussi et surtout que Dieu est quasi-mort (surtout en France, cela n'est pas vrai aux US), les grandes idéologies ont sombré et la population voit les politiques faire des modifications à la marge d'un système qu'elle estime cassé et proposer des patchs quand elle voudrait un nouveau logiciel. Cette même population se cabre cependant à la moindre modification, étalant ses paradoxes. Reste que les discours des politiques n'essaient même plus de projeter un chemin vers le futur.

Il y a quelques années, Ségolène Royal, fidèle à sa capacité hors-pair à renifler l'air du temps et à sa constante incapacité à formaliser quoi que ce fût, a inventé le terme démocratie participative qui a fait florès depuis. Mais de quoi s'agirait-il ? Exhumer enfin le Référendum d’Initiative Populaire pour en faire un système de votation à la Suisse ? Faire des panels de citoyen pour discuter des questions comme l'euthanasie comme dans les pays scandinaves ? Certes, ce seraient de bonnes choses mais je n'y vois là qu'un adjuvant à la démocratie représentative, en rien un changement de fonctionnement de notre régime. Avec la technologie, on pourrait imaginer une République du Sondage Permanent avec une appli sur notre smartphone où nous répondrions tous les jours à des questions sur l'implication de troupes au sol en Syrie, sur le code du travail, la libéralisation du marché des taxis ou le menu des cantines scolaires. Problème : les prémices de la Démocratie Participative repose sur l'hypothèse de la sagesse des foules. Or, comme le montre très bien Gérald Bronner dans La démocratie des crédules, celle-ci est un mythe. Par ailleurs, comment faire un référendum sur un sujet tel que la loi El Khomri ? Celle-ci se prêt très mal à une réponse oui/non. On peut très bien l'accepter ou la réfuter partiellement, souhaiter des aménagements, ...

Revenons à la loi El Khomri. Elle est présentée par un exécutif hautement impopulaire, avec un président n'ayant plus que 15% de soutien parmi la population. Un président qui a également trahi ses promesses de campagne (de même que le précédent) et qui dispose d'une majorité tellement fractionnée qu'il doit utiliser le 49.3. N'exagérons pas cependant l'importance de celui-ci. Après tout, il fait partie de la constitution et a abondamment été utilisé dans le passé (record détenu par Michel Rocard, avec 24 fois en 3 ans). En face, la CGT qui revendique 2,86% des salariés (vu le taux de syndicalisation et le poids de la CGT, c'est une fourchette plutôt haute). Le troisième larron, le MEDEF ne représente pas beaucoup mieux les entreprises, notamment les PME, et la CGPME est elle inaudible.

Passons sur le fait que la CGT emploie une pratique de grève politique tous azimuts alors même que celle-ci est interdite en France (mais tolérée suite à des arrêts du Conseil d'Etat). Une des actions les plus violentes (pourtant sans effusion de sang) fut le chantage exercé sur la presse. La CGT du livre a empêché la parution de tous les quotidiens sauf ceux qui publieraient une tribune de son secrétaire général (ce que seul l'Huma a fait ... tiens donc). La CGT a donc mis le couteau sous la gorge à un autre corps intermédiaire (la presse) pour faire passer son message. Une pratique totalitaire et ... populiste. La CGT ne veut pas non plus négocier et Philippe Martinez dit à qui veut l'entendre que les grèves sont la faute du gouvernement qui ne veut pas céder (là aussi, cherchez l'ouverture). Ce faisant, elle conteste ouvertement l'exécutif élu, l'assemblée élue (même ayant voté via le 49.3). Les chiffres donnés par la centrale (1.000.000 de manifestants contre 100.000 pour la police - sachant que des tests effectués par des journaux montre que la police a globalement le bon chiffre) sont, eux,  risibles. La CGT accuse Manuel Valls de prendre la France en otage et vice-versa. Les autres parties ne sont pas en reste : Gattaz traite la CGT de terroristes (très malin dans le climat actuel) et Valls accuse le service d'ordre de chercher à tuer des policiers ! (les nervis de la CGT ne sont pas des tendres et je n'ai aucune peine à les imaginer casseurs et violents. Chercher, volontairement, à tuer un policier ou un CRS, c'est une autre affaire).

Les français semblent de plus en plus spectateurs d'un combat à trois (Gouvernement, MEDEF, CGT) où ils sont constamment interpellés mais où le sujet principal (le chômage) ne semble plus n'être qu'un prétexte. Le populisme a tellement gagné le débat que le FN ne se sent même plus obligé d'y participer. Le gouvernement est dans une impasse. Malgré la peau de chagrin de la loi, il ne peut faire aveu de faiblesse en faisant marche arrière. Par ailleurs, le manque d'autorité est un des griefs les plus souvent fait aux politiques (Sarkozy a largement été élu sur ce thème). Evidemment, voir un gouvernement de gauche brandir l'interdiction de manifester et marcher (de loin quand même) dans les pas de Ronald Reagan et Margaret Thatcher, ce serait assez étrange. En attendant, c'est un combat où la République est perdante, glissant dans l'impuissance, le marasme et le populisme.

dimanche 12 juin 2016

La loi travail met fin aux JO


Une des conséquences les plus inattendues de la loi Khomri est l’affaiblissement, sans doute              rédhibitoire, de la candidature de Paris pour l’attribution des JO 2024. Le spectacle donné en effet par notre pays est assez terrible quand on souhaite organiser à nouveau un grand événement international. On pourra citer en vrac, grèves dans les transports, blocage des raffineries, manifestations, parfois violentes, et pour couronner le tout des rues parisiennes jonchées d’ordures depuis quelques jours.  En outre tout cela intervient au moment où la menace terroriste est très élevée, mobilisant les forces de l’ordre sur des opérations dont elles se seraient bien passées. Triste spectacle, triste printemps.
La loi El Khomri, que ce soit de bonne ou de mauvaise foi – certains mouvements sociaux en cours n’ont en effet pas grand-chose à voir avec cette loi – est la matrice de cette situation. C’est le résultat malheureux de l‘inconséquence gouvernementale et de l’archaïsme syndical et patronal.


Un gouvernement inconséquent

Dialogue social. Voilà un mantra sans cesse répété par ce gouvernement, or, si un loi semble avoir été élaborée sans concertation c’est bien la loi El Khomri. Dès le départ les déclarations de la Ministre évoquant l’utilisation 49-3 ont lancé le débat sur des bases totalement faussées, le gouvernement donnant le signal d’une forme d’inflexibilité. L’utilisation effective du 49-3, dans une forme de prophétie auto réalisatrice venait d’ailleurs confirmer cet étrange postulat initial.
Le gouvernement, tout à sa volonté de se montrer « réformateur », surtout en année pré-électorale, a oublié que les lois sociales ne peuvent être acceptées sans explication, pédagogie et vision. Il a oublié que la psychologie, sur ces thèmes, est au moins aussi importante que les arguments rationnels.
La loi travail, quoiqu’on pense – et j’ai dit sur le blog le mal que je pensais de certaines mesures dans leur première version – modifie potentiellement de façon significative la rapport au travail. Or dans une société française hantée par la peur du déclassement et le cauchemar du chômage,  tout ce qui contribue à une forme de flexibilité est vécu comme une menace. Menace pour soi ou ses proches.  Si certains peuvent penser qu’au niveau macroéconomique la loi permettra s’améliorer la situation de l’emploi, ils oublient que le ressenti premier est lié pour chaque salarié à son propre vécu, et en l’occurrence au pressentiment d’un risque accru de précarité. La loi est donc majoritairement rejetée par les français, et son application n’en sera que plus difficile.
Ainsi sur un tel sujet il aurait fallu une longue concertation, une préparation du corps social et un consensus entre les différents acteurs de la vie économique. En faisant fi d’un réel débat, de surcroît dans une période précédant un événement majeur, le gouvernement a pris un risque important, il a même été d’un amateurisme coupable. Le résultat, lui, n’est pas inattendu : le pays est plongé dans un désordre de basse intensité depuis de nombreuses semaines, et le gouvernement en sortira affaibli.

Syndicats et patronats, archaïsme(s) même combat.

Si nous avons les représentants syndicaux et patronaux que nous méritons, alors nous ne sommes pas très méritants. D’un côté, un MEDEF qui semble se caricaturer en permanence, entraîné par son président dans une forme de provocation stérile, et dont la seule ambition semble être de dégrader les conditions de travail des salariés. A tel point qu’on assiste à l’étrange spectacle de Laurence Parisot, l’ex présidente du MEDEF, qui critique son sérieusement les postures actuels du patronat.
De l’autre, des syndicats qui semblent obnubilés par leur hiérarchie dans le paysage social et la défense des situations acquises, notamment pour ceux qui sont déjà les plus protégés. A ce titre le CGT et SUD rivalisent d’imagination ; en passagers clandestins de la contestation à la loi El Khomri ils ont par exemple durci le mouvement à la SNCF, ou lancé la grève des éboueurs, qui pour l’essentiel ne sont pas concernés par cette loi. Certains ont même évoqué le concept assez spécieux de « grève préventive » !
On peut aussi évoquer le mouvement des pilotes à Air France dont plus personne ne comprend les revendications, à part la défense systématique du statu quo.
Dans tous ces exemples, les syndicats semblent incapables de toute proposition, de toute évolution, qui permettrait d’adapter les conditions de travail aux évolutions technologiques et économiques,  Ainsi quand les trains seront pilotés par des robots on peut être sûr que la CGT et SUD continueront de demander que les mêmes règles de récupération s’appliquent aux conducteurs…
Nous sommes donc dans un paysage social désolé avec des syndicats très peu représentatifs, et qui sont donc dans la surenchère permanente,  qui ont une image dégradée, et qui sont incapables d’imaginer des pistes pour une amélioration de la vie au travail des salriés qu’ils sont censés représenter.

SI la formule de « dialogue social »  doit avoir un sens, c’est bien à une refondation complète de ses  modalités qu’il faut appeler. Refondation qui passerait par des processus d’élaboration des lois obligeant à la concertation des acteurs sociaux, et qui ferait de leur représentativité réelle une condition fondamentale de leur légitimité.  En attendant nous regarderons sans doute les JO 2024 devant notre TV.

Chem Assayag