mercredi 27 janvier 2016

De quoi la popularité d’Emmanuel Macron est-elle le nom ?



Ces derniers temps on voit se développer de façon assez étonnante une forme de « macronmania » ou « macronite » comme la qualifie Le Monde. Ses fans les plus pressants pousseraient même le Ministre de l’Économie à se présenter à l’élection présidentielle de 2017… 
Cette popularité – en tout cas la bonne opinion qu’ont les français d’Emmanuel Macron telle qu’elle est mesurée à travers de nombreux sondages, popularité dont les médias se font par ailleurs l’écho avec une  certaine complaisance – est assez incroyable pour plusieurs raisons : tout d’abord si on juge un homme politique à l’aune de ses résultats, l’état économique déplorable du pays devrait appeler un jugement négatif et sans appel sur Emmanuel Macron, à l'instar du constat porté par de nombreux français sur le gouvernement.
Ensuite ce succès (médiatique) repose notamment sur un argument totalement improbable : la nouveauté. Macron serait le porteur d'idées neuves, d'une vision originale de l'économie et de la société. Or Emmanuel Macron est surtout le parfait représentant d’une pensée économique libérale dont on n’avait pas vraiment perçu la fraîcheur. Ses idées reprennent pour l'essentiel les recettes libérales qu'on nous sert depuis des lustres. On a parfois l’impression étrange d’entendre Alain Madelin mais trente ans après…et le MEDEF n’avait sans doute jamais vu un ministre aussi proche de ses thèses.
Son parcours est par ailleurs d’un classicisme absolu: Sciences Po, l’ENA,  l’Inspection des Finances, des parrainages prestigieux qui le rapprochent du pouvoir, et le désormais inévitable lucratif détour dans le privé – dans son cas dans la banque d’affaires. On évoque aussi sa jeunesse,  car il a à peine 38 ans, comme facteur de nouveauté, mais on oublie que Laurent Fabius ou Alain Juppé avaient occupé des fonctions équivalentes au même âge. Là encore un air de déjà vu...

Dès lors la fait qu’Emmanuel Macron puisse être perçu comme un personnage  novateur est très troublant : comment un homme politique au discours et au cursus très conventionnels peut se parer – ou se voir paré – des atours de la modernité et de l’innovation ?
Il y a bien sûr une explication superficielle mais utile : Macron est un "bon client" comme le disent les médias. Il présente bien, s’exprime clairement, sait ménager ses effets et constitue un pourvoyeur régulier de petites phrases, comme celle sur la dure vie des entrepreneurs. Il alimente le "buzz" !
Mais à notre sens la popularité d’Emmanuel Macron est d’abord et surtout une popularité en creux : il est vu comme quelqu’un de neuf au sens où il est apparu sur la scène politique très récemment, car personne ne le connaissait dans le grand public il y a encore deux ans.  Dans un champ politique où toutes les figures de premier plan sont là depuis dans années voire des décennies, il est le petit nouveau, celui auquel on veut bien faire encore crédit. Car tous les autres, les personnages figés et immuables du paysage politique, ont perdu toute crédibilité. C’est parce que on ne fait plus confiance aux hommes politiques qui sont là depuis longtemps, qu’on fait confiance à celui qui a l’air d’arriver de nulle part – à ce titre il faut rappeler que Macron ne s’est jamais présenté à aucune élection !
Dès lors peu importe ce que Macron dit – on peut par exemple douter que les salariés soient heureux de voir les heures supplémentaires ne plus être rémunérées avec une majoration ! -, ce qui compte c’est que ce soit quelqu’un qui n’a pas de « passé politique » qui le dise.
La question ici n’est alors plus de savoir si Macron est de gauche ou de droite – d’ailleurs la réponse est assez évidente -, ou si les mesures préconisées sont pertinentes ou applicables, ce qui compte c’est qu’un visage neuf surgisse.
En somme Macron peut apparaître comme un homme providentiel – en tout cas tant qu’il reste à l’écart des enjeux électoraux - car pour de nombreux français toutes les politiques, et ceux qui y sont associés, ont échoué. Puisqu'on a tout essayé et que rien n'a marché, essayons Macron, on ne risque rien !
Dès lors le fond, le contenu des programmes ou des politiques, passe au second plan et ce qui compte c’est une parole qui a l’air nouvelle parce qu’elle émane d’un personnage presque inconnu.
Cette situation en dit beaucoup sur l’état de délabrement de notre vie politique, quand le peuple n’ayant plus confiance dans les idées, se laisse bercer par la fausse nouveauté. Voilà ce que dit la popularité du Ministre de l’Économie.

Chem Assayag - 27/01/16

Image: source Wikipédia, Claude Truong-Ngoc

5 commentaires :

  1. C'est clair qu'on a un problème de renouvellement de la 'classe' politique. Les gens se disent que les mêmes personnes ne pourront pas produire les idées nouvelles dont on aurait besoin, mais tu as raison : il n'est pas automatique que des nouvelles personnes le puissent. En réalité, c'est un problème de culture dominante plus que de personnes.

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    1. Ce qui est désespérant, c'est la nouveauté pour la nouveauté en effet. On est tellement dans un non-renouvellement que le moindre type qui passe, sourie, parle un poil différemment et librement passe pour le plus grand libre penseur de tout les temps. Je pense qu'il y a un gros effet de calibrage ...

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  2. et le Times Magazine qui s'y met...
    http://www.thetimes.co.uk/tto/magazine/article4674073.ece

    quel originalité !

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  3. C'est Jouyet qui a mis Macron là où il est. Jouyet, c'est son papa/tonton/mentor de l'inspection des finances. C'est consternant de voir ces types pétris de leurs certitudes d'être les mieux placés pour servir la France. Seraient ils aveugles ? Sans doute. Le peuple qui gronde devrait bientôt les déciller.

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  4. et une louche de comm politique éculée
    http://www.parismatch.com/Actu/Politique/Brigitte-et-Emmanuel-Macron-prets-pour-tous-les-defis-944698

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