mercredi 23 décembre 2015

Rétrospective (dystopique) de 2016

17 janvier : malgré l'accumulation de preuves selon laquelle l'intervention russe en Syrie ferait des milliers de victimes, Vladimir Poutine annonce une poursuite et une intensification des opérations. Le nombre de chasseurs-bombardiers augmente et des forces spéciales sont officiellement au sol appuyées par des hélicoptères d'attaque. Le territoire de Daesh en Syrie a nettement reculé et le groupe se replie de plus en plus nettement sur Mossoul, ce qui explique le silence des différentes chancelleries

12 février : Après un succès mitigé au caucus de l'Iowa et à la primaire du New Hampshire, Ted Cruz tente un coup de poker en prenant Donald Trump comme colistier. Celui-ci espérait évidemment mieux que la place symbolique de Veep mais conscient qu'il ne peut seul remporter la timbale, il fait une apparition télévisée bravache où il assure qu'il a obtenu des assurances de Ted Cruz de pouvoir peser une fois en place.

19 février : Un vol Air France Paris - Moscou s'écrase au-dessus du Sud de l'Allemagne avec 213 passagers et 8 membres d'équipage. Une rumeur enfle rapidement quant à l'implication de l'Etat Islamique. L'enquête, suite à la découverte des boîtes noires, écarte rapidement la piste de la bombe ou de la prise d'otages. Un défaut de maintenance a provoqué une décompression explosive au niveau de l'arrière de l'appareil, le rendant difficilement contrôlable. L'équipage est mis en cause, l'avion ayant pu, semble-t-il, être sauvé.

28 février : Second tour de négociation sur les exigences de la Grande-Bretagne vis-à-vis de l'Union Européenne qui se conclut par un échec, le délai de 4 ans pour qu'un étranger, même communautaire, s'installant en Grand-Bretagne, puisse toucher des allocations.

1er mars : après le Super Tuesday, le ticket Ted Cruz/Donald Trump semble ne plus pouvoir rater l'investiture républicaine. 

21 mars : un homme entre dans une école et poignarde 7 adolescents. 3 décéderont de leurs blessures. L'homme réussit à s'enfuir mais est identifié. Il était fiché "S". Ses liens avec l'Etat Islamique demeurent flous. Le Front National et une partie de la droite, dont Laurent Wauquiez, demandent des mesures d'"internement préventif".

25 mars : Daesh proclame le califat sur la Cyrénaïque. la Libye est hors de contrôle et une nouvelle vaste zone d'influence semble s'ouvrir au Sahel pour Daesh.

Printemps

28 mars : le chômage atteint un nouveau plus haut. Le taux de croissance, initialement estimé à 1.5% est désormais officiellement révisé à 1.3%. Bruxelles parle de 1.2% et l'OCDE de 1% pile. Il devient évident que le chômage ne régressera pas en 2016. L'alignement des planètes commence à se refermer avec les derniers espoirs français. Les taux augmentent dans la foulée de la reprise américains qui a porté le taux de refinancement de la Fed à 0,75 points et le pétrole est remonté à 60$ suite aux tensions géopolitiques.

3 avril : Jean-Claude Juncker déclare que la Turquie va bénéficier, suite aux accords du 29/11/2015, d'un processus d'adhésion accéléré à l'UE. En coulisse, Ankara menace de "lâcher le flot de réfugiés" parqués dans son pays.Tollé général de la droite française (a fortiori du Front National), silence gêné à gauche, seul le Front de Gauche marque son accord.

6 avril : 4ème et dernière conférence Grande-Bretagne / UE. Le désaccord est acté et David Cameron fixe la date du référendum au 14 juin.

3 mai : 350 migrants tentent de franchir en force la frontière à Calais. Il sont repoussés avec difficulté par les forces de l'ordre. Les incidents se multiplient entre calaisiens et locataires de la "Jungle".

13 mai : un Su-21 russe survole le Golan après une mission effectuée au-dessus de la Syrie. Il est intercepté et abattu par 2 F-16 israéliens. S'en suit une violente controverse sur laquelle Washington fait profil bas, ne voulant pas lâcher son allié hébreu mais ne souhaitant pas d'escalade vis-à-vis de la Russie.

14 juin : Le référendum anglais se clôt sur une surprise, la sortie l'emportant avec 51,1%. Il semblerait que l'entrée imminente de la Turquie ait été un argument de poids pour le NON. Immédiatement, les élus écossais demandent la mise en place d'un calendrier d'indépendance et l'intégration à l'UE et à l'Euro.

17 juin : l'Etat d'urgence est reconduit pour 6 nouveaux mois

Ete

4 juillet ; Encouragée par l'exemple écossais, la Catalogne déclare sécession et se joint avec l'Ecosse pour la présentation du dossier d'adhésion à l'Europe et à l'Euro.

8 juillet : à Clichy-sous-Bois, un contrôle de véhicule dégénère. Les policiers patrouillant sous l'égide de la lutte anti-terroriste, se sentant menacés, ouvrent le feu sur le véhicule, tuant 2 adolescents de 15 et 17 ans et blessant grièvement le conducteur de 18 ans, tout trois des binationaux d'origine algérienne. Dans la nuit, le RAID perquisitionne 12 appartements liés aux 3 jeunes.

9 juillet : une marche blanche est organisée en hommage aux 3 victimes. Malgré les appels au calme des familles, des débordements provoquent la destruction d'équipements publics, 57 interpellations et 12 blessés légers sont à dénombrer

10 juillet : Manuel Valls annonce au journal de France 2 que les 3 jeunes abattus ne présentaient aucun caractère de radicalisation et qu'il s'agissait manifestement d'une erreur bien que l'enquête doive encore le démontrer. Il présente ses excuses aux familles tout en soulignant la rude tâche des policiers et militaires patrouillant depuis des mois dans les rues des grandes villes et banlieues.

11 au 17 juillet : suite à la déclaration de Manuel Valls, des émeutes embrasent plusieurs cités parisiennes. Malgré l'Etat d'urgence, des manifestations violentes ont lieu et les forces de l'ordre sont bientôt la cible de cocktails Molotov mais également de tirs d'armes automatiques. Au cours des 6 nuits d'émeutes, on relèvera 2 morts et 1 blessé grave chez les policiers et 6 morts chez les émeutiers. Un calme précaire s'instaure après que le président Hollande ait demandé le déploiement de militaires accompagnés de VAB.

9 août : un enfant de 7 ans meurt de chaleur et de déshydratation dans un camp de réfugiés en Grèce. L'Italie et la Grèce réclament à cors et à cris l'aide des autres pays européens. Plusieurs refusent et d'autres, dont la France, promettent une augmentation de 20% des quotas déjà acceptés. L'Italie et la Grèce jugent dérisoires ces propositions.

17 septembre : Suite à la remontée du cours du baril et au crash du 19 février, Air France est au plus mal. Une grève se poursuit pendant 17 jours lorsque la direction propose son nouveau plan d'économies. En coulisse, le Qatar, actionnaire à 17%, négocie avec l'Etat pour un rachat d'Air France par Qatar Airways. Malgré les réticences des édiles, le Qatar met dans la balance un financement accru des banlieues française et la vénérable compagnie française change de pavillon après 83 ans de bons et loyaux services.

Automne

23 octobre : la primaire de LR a enfin lieu. Après une bataille acharnée sur le mode de scrutin, il est décidé d'un mode de scrutin à un tour, Nicolas Sarkozy ayant réussi à imposer cette modalité en espérant le plus grand rassemblement sur son nom. En effet, la multiplicité des candidats est impressionnante : NKM, Bruno le Maire, Jean-Christophe Lagarde, Hervé Mariton, Laurent Wauquiez, Alain Juppé et Nicolas Sarkozy sont en lice. Rapidement, c'est la déception, Seuls 1,6 millions de français se déplacent, ouvrant la place à un procès en légitimité.

Surtout, Nicolas Sarkozy arrive en tête avec 32% devant Alain Juppé avec 31%. Immédiatement, les affidés de Juppé multiplient les exemples d'irrégularités voire de fraude. La COCOE, de sinistre mémoire, est remise sur pied pour départager les vainqueurs. Devant l'enjeu, Alain Juppé se décide à porter plainte et menace de se présenter quoi qu'il en soit. La COCOE tergiverse pendant plus de deux mois pendant que la famille de droite s'entre-déchire. Nicolas Sarkozy finir par sortir gagnant de cette victoire à la Pyrrhus mais essoré devant l'opinion publique

27 octobre : profitant de la déconfiture de LR, François Hollande déclare sa candidature pour un nouveau mandat au 20h de TF1. Il balaye le fait qu'il n'a pas inversé la courbe du chômage qui continue à grimper en déclarant qu'il est le chef de la Nation dans la guerre que mène la France et qu'il ne peut abandonner celle-ci en pleine tourmente. Hollande joue le régalien depuis plus d'un an et demi désormais et il mise tout là-dessus.

28 octobre : A 10h56, la fac de Jussieu est prise d'assaut par un commando de 5 terroristes équipés d'AK47. Quasiment à la même minute, 4 terroristes pénètrent dans l'Unimail de Genève et 4 autres dans l'Université Libre de Berlin. Les trois attaques sont similaires. Les terroristes marchent calmement dans les couloirs en abattant systématiquement les étudiants qu'ils croisent. Puis ils regroupent les étudiants dans un amphi et continuent leur massacre systématique. Le RAID mettra 3 heures à les déloger, la prise d'otages durera plus de 4 heures à Génève et Berlin. Au total, on relèvera 457 morts dans les différentes villes sans compter les terroristes, tous morts dans l'assaut. 

4 novembre : après d'immenses marches orchestrées par les étudiants dans tous les villes d'Europe, l'enquête montre rapidement que les auteurs sont majoritairement des ressortissants des différents pays visés, que certains étaient connus (fichés "S" en France), que d'autres avaient faits des voyages en Syrie et que 3 migrants ont participé aux attaques.

5 novembre : François Hollande, à la sortie du Conseil des Ministres, déclare l'Etat de Siège en Ile-de-France. Dans cette région, les pouvoirs de police sont désormais aux mains des militaires. Les actions visant, de près ou de loin, à la perpétration d'attentats terroristes, seront jugés par des tribunaux militaires.

6 novembre : Les accords de Schengen sont abandonnés et les contrôles aux frontières redeviennent la souveraineté des états. Bernard Cazeneuve annonce un plan de re-construction de poste-frontières et de recrutement de douaniers. Le PNR (fichier européen du transport aérien) est adopté à la hâte sans que l'on sache la date de son effectivité.

8 novembre : suite au choc européen, Ted Cruz réussit à battre Hillary Clinton au sein d'un Amérique apeurée et fatiguée des dynasties politiques. Il annonce que, dès son entrée en fonction, des mesures énergiques contre l'immigration seront prises et que les Etats-Unis se désengageront de Syrie et d'Irak, qui est "la guerre de l'Europe".

12 novembre : l'Assemblée Nationale vote la prolongation de l'Etat de Siège pour 6 mois, c'est-à-dire jusqu'à l'élection présidentielle.

16 novembre : Un sondage Odoxa donne les résultats suivants pour le 1er tour de la présidentielle :
Marine Le Pen 28%
Hollande 18%
Sarkozy 16%
Mélenchon 9%
Bayrou 8%
Tapie 8%
Dupont-Aignan 6%
Duflot 4%
Divers 3%

Surtout le second tour serait remporté sur la marge étriquée de 53/47 par François Hollande. Si le front républicain a montré l'efficacité des reports gauche --> droite en cas de retrait du candidat de gauche, l'inverse ne semble pas être vrai pour la présidentielle.

19 novembre : Emmanuel Macron déclare sur Europe 1 que François Hollande, compte-tenu du risque que représente le Front National, ne peut être candidat à la présidentielle. Silence assourdissant du côté de Matignon.

23 novembre : Le président Hollande, après consultation des différents partis, et malgré les vives protestations d'EELV et du FDG, ordonne l'ouverture du premier centre d'internement pour "radicalisés djihadistes". Il s'agit d'interner un premier contingent de 150 fichés "S". Il est prévu de porter les capacités à 1.500 personnes ensuite. Dans un premier temps, un quartier de la prison des Beaumettes est réquisitionné mais un lieu dédié devra être choisi. De nombreuses personnalités réclament la réouverture du Bagne à Cayenne.

2 décembre : Suite aux nombreux manquements relevés dans l'enquête sur les événements du 28 octobre, la DGSI est dissoute et ses effectifs seront fondus avec ceux du renseignement militaire. Bernard Cazeneuve est obligé de démissionner et Marc Trevidic est nommé Ministre de l'Intérieur.

12 décembre : Manuel Valls, sur RTL, annonce sa candidature à l'élection présidentielle. Il estime que, malgré toute l'admiration qu'il porte au président, celui-ci est usé par un mandat exceptionnel et qu'il serait lâche de ne pas se présenter pour redresser la Nation

Hiver




31 décembre : dans une allocution de fin d'année historique, François Hollande convoque le Congrès à Versailles pour requérir une extension de 2 ans de son mandat. Il évoque la terrible année que vient de passer la France, l'Etat de Siège, le risque de voire tomber la France dans les mains de l'extrême-droite. Il promet un changement de premier ministre avec une cohabitation de facto. Après consultation, Alain Juppé a accepté de devenir son 1er ministre et plusieurs anciens ministres expérimentés de droite ont donné leur accord (JP Raffarin, Dominique de Villepin). Il se murmure en coulisse que Nicolas Sarkozy pourrait acquiescer à condition que Laurent Wauquiez devienne ministre de la Défense. 

HEUREUSEMENT, CECI N'EST QU'UNE DYSTOPIE
LE FUTUR N'EST PAS ECRIT
LE PIRE N'EST PAS CERTAIN
A NOUS D'ECRIRE L'AVENIR

mardi 22 décembre 2015

Petit dictionnaire de 2015

A comme attentats. Malheureusement pas besoin de faire de commentaires

B comme Blatter, où l’homme qui avait décidé d’entraîner ses ennemis - et ceux qui se croyaient ses amis - dans sa chute

C comme COP 21, la conférence qui fait voyager deux cent chefs d’état en avion pour sauver la planète

D comme Daesh
, en lien avec le A ; a remplacé Al-Qaida comme figure du mal de ce début de siècle

E comme Europe, un grand malade mais qui refuse de se soigner

F comme Front National, le parti que les autres partis regardent grandir en s’étonnant qu’il grandisse alors qu’ils ne font rien pour le faire rétrécir

G comme grexit, ou l’épisode annuel de l’interminable feuilleton de la crise grecque

H comme hiver, pour info il semble avoir disparu cette année

K comme Kardashian
, désormais nos contrées sont aussi sous l’emprise de la famille « bigger than life » (enfin moi j’ai toujours du mal à comprendre)

L comme licornes, ces start-up qui vont changer nos vies…ou pas

M comme Macron, qui rêve sans doute de qu’on parle de « macronomics » en se référant à lui

N comme Nouvelle Zélande, qui nous a fait aimer le rugby et nous a consolés d’une équipe de France bien triste

O comme Olympiques, les Jeux pour lesquels Paris va concourir encore une fois

P comme pape, devenu de façon inattendue une icône politique et médiatique

Q comme Qatar, le petit pays aux agissements troubles qui joue dans la cour des grands

R comme réfugié
, celui dont tout le monde parle mais dont personne ne veut

S comme sextape,
où comment les ébats des professionnels du ballon qui prennent leur pied, font un scandale de plus au royaume du football

T comme Trump, un candidat qui est un mélange de bonimenteur, de sale gosse et de personnage arrogant, symptôme de nos sociétés qui vont mal

U comme uberisation, le mot qui dit que demain vous allez perdre votre job, ou en tout cas ne plus l’exercer de la même manière

V comme vie privée, qu’on aimerait protéger un peu plus mais qui semble filer entre nos doigts et nos claviers

W comme wahhabisme, doctrine rigoriste de l’Islam, portant une vision du monde qu’on ne qualifierait pas de progressiste

X comme xénophobe, attitude de plus en plus répandue, car quand ça va mal l’autre fait peur

Y comme Yahoo, ou l’exemple d’une société hier emblématique devenue has been

Z comme zlataner,
voir « j’ai zlatané mon adversaire aux régionales grâce au front républicain »

dimanche 13 décembre 2015

Le FN ou la maladie opportuniste de la société française

Une maladie opportuniste est « une maladie due à des germes habituellement peu agressifs mais qui sont susceptibles de provoquer de graves complications en affectant des personnes ayant un système immunitaire très affaibli » (source Wikipédia). Ce qu'il est important de noter c’est que « les maladies opportunistes ne sont généralement pas dangereuses pour les personnes en bonne santé, mais avec un système immunitaire affaibli, elles se révèlent mortelles « (source Sante Médecine).
Aujourd’hui le FN est comme une maladie opportuniste qui a attaqué le corps social français, et maintenant peut devenir létale.

Un corps social affaibli

En effet pendant de nombreuses années le parti de Jean Marie Le Pen, créé en 1972, était heureusement confiné à une frange ultra-minoritaire de la population française, revendiquant un positionnement xénophobe et raciste, et puis petit à petit il a profité de l’affaiblissement du corps social miné par la stagnation économique, le chômage, des changements incessants et anxiogènes, et le délitement des solidarités, pour s’enraciner, se développer et aujourd’hui le menacer. Le FN qui était une maladie bégnine – dans toutes les démocraties il y  a des partis extrémistes - lorsque la société française allait relativement bien est devenue une pathologie potentiellement mortelle, car elle aggraverait encore son état, pour cette société qui est dans un état déplorable. Le FN a prospéré en raison de l’affaiblissement général de la société française.
Ici la responsabilité des médecins, c’est à dire des partis politiques traditionnels est immense. Il faut le dire clairement et simplement, le PS et les Républicains (UMP) ont été inefficaces, incompétents, et le plus souvent lâches. La liste de leurs erreurs ressemblerait à une litanie à La Prévert, depuis des politiques économiques incohérentes, à des jeux d’appareils archaïques, ou encore des volte-face permanentes. A ce titre la bataille pour la région Ile de France entre Claude Bartolone et Valérie Pécresse montre le niveau inquiétant auquel nous sommes arrivés, et dans ce cas précis l’absence de menace réelle du FN en Ile de France illustre la médiocrité du débat lorsque « les partis de pouvoir » se retrouvent face à face.

Déverrouiller le système politique

Souvent nous dit-on un peuple a les politiques qu’il mérite, cette « maxime » semble faire du peuple le responsable premier de la médiocrité de ses gouvernants (« vous aviez qu’à en choisir d’autres ! »)
En l’occurrence cette assertion est fausse car le système politique français est totalement verrouillé. Ceux qui sont au pouvoir – alternativement le PS et les Républicains- s’y accrochent désespérément tels des naufragés et empêchent toute évolution. La vision électoraliste à court terme – je fais tout pour gagner –, la course effrénée pour les places, la défense des intérêts personnels et corporatistes au détriment de toute vision de l’intérêt général, les conduisent à ne rien faire, ou plutôt à se battre uniquement pour préserver leurs positions actuelles.
Introduction de la proportionnelle ? Non. Réel non cumul des mandats, y compris dans le temps ? Non. Possibilité pour les citoyens de pouvoir  réellement lancer des initiatives législatives ? Non. Simplification de l’appareil législatif et de l’organisation territoriale ? Non. On pourrait continuer l’énoncé des mesures qui permettraient de donner un peu d’oxygène à la vie politique française, de ne pas voir toujours les mêmes têtes – Laurent Fabius qui clôt la COP 21 était Premier Ministre en 1984 !, et Alain Juppé qui sera candidat à la primaire à droite en 2017 était Premier Ministre en 1995…- , de permettre l’émergence de nouvelles pratiques dans l’exercice du pouvoir, de redonner de la noblesse à la politique.
On pense souvent que les réformes institutionnelles sont au mieux inutiles, au pire néfastes. Dans le cas de la France elles sont devenues vitales.

J’ai évoqué dans le paragraphe précédent des pistes simples qui pourraient être développées y compris dans le cadre de la Vème république. Si on allait plus loin, notamment en remettant en cause le prééminence du Président de la République dans la vie politique française, il faudrait alors aussi envisager une nouvelle constitution et passer à une VIème république.
Sans changement la colère continuera de monter, le FN gagnera d’autres batailles électorales, et le pays continuera de s’enfoncer dans la crise ; rongé par la sclérose qui l’atteint depuis plus de 20 ans, et menacé par la maladie opportuniste du FN. Au bout du processus il n’y aurait alors que de très mauvaises nouvelles.

samedi 5 décembre 2015

La philanthropie, comme je veux.

En 2010 j’avais évoqué dans un article (que je reproduis ci-dessous à la fin de ce billet) la problématique des « méga-dons » des milliardaires américains, dans le contexte de l’initiative de Warren Buffet et Bill Gates appelée « The Giving Pledge ». J’abordais notamment le problème de choix individuels « philanthropiques », en opposition aux choix collectifs « solidaires » effectués via l’impôt. Ces questions restent plus que jamais d’actualité.
L’annonce faite cette semaine par Marc Zuckeberg du « don » de sa fortune relance  le débat sur ce sujet, et permet d’y apporter quelques développements.
Il faut noter que cette annonce a un retentissement majeur pour plusieurs raisons : Zuckerberg est jeune, il a peine 31 ans et c’est rare de faire ce type d’annonces si tôt, il est immensément riche, il a l’aura d’une rock star – rappelons qu’il y a déjà eu un film, « The Social Network » réalisé par David Fincher, dont il était le « héros » et qui retraçait le lancement de Facebook, -, enfin il est la figure emblématique d’une entreprise qui revendique plus d’un milliard et demi d’utilisateurs actifs par mois. Ce qu’il fait est donc scruté avec attention.

Tout d’abord, les faits

Zuckerberg, suite à la naissance de sa fille Max, dans une lettre publiée sur sa page Facebook le 1 décembre et intitulée « A Letter to Our Daughter » signée « Mom and Dad » -, s’engage à donner 99% des actions qu’il détient, ce qui représente 45 milliards de dollars à ce jour, à la Chan Zuckerberg Initiative (CZI) – Chan est le nom de famille de la femme de Marc Zuckerberg.
CZI est une structure à but philanthropique – rappelons que la philanthropie a pour but de « chercher à améliorer le sort de ses semblables par de multiples moyens - créé en 2009 dont la mission est « advancing human potential and promoting equality « (« développer le potentiel humain et promouvoir l’égalité). Pour avoir une idée des projets soutenus par la CZI il faut aller sur sa page Facebook, mais on peut évoquer les domaines suivants : éducation, science,  santé, accès internet, et intégration (« inclusion »)
CZI est une LLC, c’est à dire une organisation un peu particulière, qui peut réaliser des profits et bénéficie par ailleurs d’avantages fiscaux particuliers. C’est une forme juridique récente – la première LLC a été créée aux Etats-Unis en 1977 – et assez atypique.
Tout d’abord la LLC n’est pas une « foundation », c’est à dire une structure à but non lucratif comme l’est la fondation Bill et Melinda Gates qui est le modèle souvent mis en avant. Elle peut donc gagner de l’argent. Elle peut aussi faire du lobbying et influencer le débat politique, et l’on sait l’importance cruciale de l’argent dans es campagnes électorales américaines. Enfin une LLC n’a pas l’obligation d’investir 5% de ses fonds chaque année dans des projets comme une fondation.
Du point de vue fiscal la LLC dispose de nombreux attraits, notamment sur la taxation des plus-values qui seront réalisées sur la vente de ses actifs, en l’occurrence les actions Facebook détenues par Zuckerberg, mais ces avantages ne sont pas très différents de ceux d’une fondation classique.
En somme la LLC est une structure plus souple qu’une fondation et qui permet à Mark Zuckerberg d’utiliser son argent comme il le veut et c’est bien cela le plus important pour lui. D’ailleurs il l’explique dans un post daté du 3 décembre.
Ce qui est le plus « novateur » dans l’approche de Zuckerberg c’est qu’il semble concevoir CZI comme une start-up : je dépense de l’argent sur différents projets, certains pourront même en gagner et je disposerai de plus de fonds, certains pourront changer significativement le monde – comme Facebook l’a fait, je ferai du lobbying si nécessaire pour ce que j’estime juste, je mesurerai mon retour sur investissement comme pour une entreprise normale…
C’est ce que décrit un article du magazine Fusion que Zuckerberg cite pour répondre aux critiques qui lui ont été faites sur le choix d’une LLC, notamment dans un papier écrit par Jesse Eisinger dans le New York Times.

Le monde est une start-up

Ainsi fondamentalement Zuckerberg n’a pas choisi une LLC plutôt qu’une fondation pour des raisons fiscales mais parce qu’il veut avoir les mains libres de faire ce qu’il veut.
Il s’inscrit ici dans une tendance qui consiste à considérer les choix collectifs et singulièrement ceux réalisés par les pouvoirs publics, au mieux comme inefficaces et au pire comme illégitimes. Au même titre que Larry Page ou Sergei Brin de Google, ou Elon Lusk de Tesla, Zuckerberg veut changer le monde, mais comme il l’entend. Comme je l’évoquais plus haut le monde est vu comme une start-up et il faut le « gérer » comme une start-up.
La dimension collective des décisions et des arbitrages est dès lors vue comme un frein – en effet il faut aller vite -, inopérante – puisque résultant le plus souvent d’un consensus -, et inappropriée – les politiques qui in fine « décident » ne sont pas compétents. Le mégariche, en tant qu’individu, est alors vu comme étant plus capable et plus réellement à même de faire le bien (« do good ») que des organismes classiques. On peut relier cette vision à l’éthique anglo-saxonne du capitalisme, la fortune des mégariches est à la fois un signe et une conséquence de leur réussite et de leur « élection », ils sont donc les mieux placés pour faire le bien.
Dès lors si on peut se réjouir qu’un individu, ici Mark Zuckerberg, fasse preuve de générosité on peut en revanche s’inquiéter de l’idéologie sous jacente, qui consiste à privatiser et individualiser des choix ayant de forts enjeux collectifs.


Optimisation fiscale et hypocrisie

Ce dernier point me permet de revenir à mon article de 2010 et à la question de l’impôt. La fortune de Zuckerberg est bâtie sur ses actions Facebook et donc la valorisation de la société. Il peut donc être intéressant de s’intéresser aux chiffres de Facebook.
Lors de son troisième trimestre fiscal terminé le 30 septembre dernier Facebook a réalisé 4,5 milliards de dollars de Chiffre d’Affaires et un résultat net de 826 millions de dollars et 2,12 milliards de résultat sur les 9 premiers mois de l’année 2015. Aujourd’hui plus de la moitié du chiffre d’affaires de Facebook  est réalisé hors des US, il dépassera 8 milliards de dollars cette année.
Or Facebook via différents montages fiscaux (Irlande, Ils Caïmans, accord avec le Luxembourg) ne paye quasiment pas d’impôt sur son  activité à l’étranger. Ainsi en 2013 Facebook sur un CA international de plus de 4 milliards de dollars de chiffre d’affaire n’aurait payé que 63 millions de dollars d’impôts soit moins de 2% du CA international. Aux USA le ratio impôt/CA semble être plutôt de l’ordre de 12% du CA réalisé sur place.
Si on applique les mêmes ratios pour 2015 Facebook devrait donc payer près d’un milliard de dollars d’impôts pour ses activités internationales (12% de 8 milliards), alors qu’ils vont sans doute payer entre 100 et 200 millions. Le manque à gagner pour la collectivité dans son ensemble est donc de plus de 800 millions de dollars pour cette seule année.
Ainsi Zuckerberg, principal actionnaire, fondateur et dirigeant de Facebook, cautionne un système qui soustrait des sommes considérables à la collectivité, via l’optimisation fiscale, ce qui par ricochet gonfle les profits de Facebook et donc sa valorisation, ce qui contribue alors à le rendre plus riche. Quel monde formidable!
Zuckerberg philanthrope est donc le bénéficiaire, apparemment décomplexé, du Zuckerberg calculateur qui prive la collectivité de ressources importantes. Il faut soit une bonne dose de cynisme pour cautionner ce fonctionnement ou un réel aveuglement idéologique.
A titre personnel c’est ce que je trouve le plus choquant dans cette histoire, bien avant la question de savoir si une LLC ou une fondation est le meilleur véhicule pour des actions philanthropiques. Il me paraîtrait bien plus normal et sain que Facebook paie intégralement les impôts correspondant à son activité et que Mark Zuckerberg ne créer pas de LLC ou de fondation. Il me paraîtrait bien plus normal que la collectivité décide de l’affectation de l’argent qui lui est dû, plutôt qu’un milliardaire sur la base de ses goûts ou des envies.
Ici on assiste une nouvelle fois à un exemple très concret de privatisation des profits au service d’un individu ou d’un groupe, ce qu’ on porrait qualifier de ploutocratie et que j’appelle « captalisme ».
Dans ce contexte la création d’une forme d’impôt sur les sociétés incompressible lié à l’activité sur un territoire donné (X% du CA national ou Y% des résultats estimés), et permettant de parer les stratégies « d’optimisation fiscale » paraît une piste à explorer au niveau national. De même qu’une coordination et une harmonisation internationales sur le sujet deviennent des urgences absolues au moment où les Etats manquent singulièrement de sources de financement. Hélas c’est une piste tellement évidente que les décideurs politiques semblent regarder ailleurs.



Ci-dessous mon article paru initialement le 12 août 2010 dans Agoravox
Lien : http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/les-milliardaires-philantropes-et-79663

Les milliardaires philanthropes et l’impôt

Quarante milliardaires américains ont annoncé, à l’initiative de Warren Buffet et de Bill Gates, leur intention de donner plus de la moitié de leur fortune à des œuvres caritatives et/ou philanthropiques. L’initiative s’appelle « The Giving Pledge » (http://givingpledge.org/), littéralement l’engagement à donner et s’inscrit dans la grande tradition philanthropique américaine.

C’est une bonne nouvelle bien qu’elle ne soit sans doute pas exempte d’arrière-pensées pour un certains nombre de signataires (à ce stade il ne s’agit pas d’un engagement légal mais « moral », cela fait de la « bonne » publicité, les avantages fiscaux pour ce type d’opérations aux USA sont très importants).
Au-delà de l’aspect factuel que représentent des dizaines de milliards de dollars de dons pour de bonnes causes cette annonce pose un certain nombre de questions intéressantes dans le contexte de crise économique que nous connaissons depuis 2008 et plus précisément, par un détour inattendu, sur le rôle de l’Etat et de l’impôt.
Du profit au don
Lorsque l’on regarde la liste des donateurs potentiels ce sont essentiellement des « self made men » ; peu d’héritiers dans la liste mais une grande majorité de gens qui ont bâti d’immenses fortunes en une génération en créant leur entreprise, ou en jonglant avec des produits financiers.
A ce titre la figure de Bill Gates est emblématique ; il crée Microsoft en 1975 et devient en une vingtaine d’années l’un des hommes les plus riches du monde. Cette richesse est bâtie sur la valorisation des parts de Microsoft que détient Bill Gates. Cette valorisation est elle même assise sur les profits très confortables générés par Microsoft, profits rendus possibles par la situation de quasi-monopole de Microsoft et des pratiques commerciales souvent très discutables. Pour simplifier Bill Gates devient très riche car Microsoft est capable de capter une part très importante de la valeur ajoutée, et ce au détriment des autres acteurs de la chaîne de valeur et notamment des clients finaux qui payent pour les produits Microsoft un prix sans lien avec les coûts de l’entreprise. La fortune de Bill Gates ce sont les quelques dollars que des centaines de millions d’individus ont accepté de payer au-delà d’un profit classique. Si Bill Gates a gagné beaucoup d’argent c’est que nous avons été prêts à le lui donner… en effet c’est la rapidité de sa constitution et le montant de la fortune de Bill Gates qui constituent une anomalie même dans un contexte d’économie capitaliste. Aussi d’une certaine façon en distribuant une grande partie de sa fortune Bill Gates ne fait donc que restituer ce qu’il a pris (et c’est tout à son honneur car nombreuses sont les personnes riches qui ne le font pas).
Dans le cas de Warren Buffet on peut même considérer que la fortune accumulée n’est pas le fruit d’une vraie création de richesse ; Warren Buffet est un investisseur très doué qui gère le fonds d’investissement Berkshire Hathaway. Il place – intelligemment – son argent et en retire les fruits. Là encore une forme de restitution à la société dans son ensemble paraît assez logique.
On peut enfin penser qu’un certain nombre des donateurs sont devenus très riches sans vraiment faire attention aux pratiques sociales de leurs entreprises ou à la « casse » créée par leur stratégie d’investissement. C’est l’aspect « pompier pyromane » de l’affaire. Au quotidien j’applique les règles d’un capitalisme brutal sans état d’âme, qui se traduit par des licenciements, de la souffrance au travail, voire parfois l’exploitation de certains, et après–coup j’œuvre pour le bien de la société. Dans ces cas on pourrait même voir un certain cynisme en action, dont George Soros – qui n’est pas sur la liste - est un parfait exemple.

Charité et solidarité
Les donateurs, quels qu’ils soient, sont évidemment libres de décider les causes qu’ils souhaitent servir ; elles relèvent de leurs choix, leurs idées, et parfois de leurs intérêts.
Mais rien ne garantit la pertinence de ces choix : il peut y avoir des effets de mode, des causes plus visibles que d’autres, des sensibilités personnelles… C’est normal mais sans doute pas optimal. Cela procède en effet d’une vision où la charité – initiative personnelle et discrétionnaire – remplace la solidarité – initiative collective et « contrainte » ou automatique. Or la solidarité a ceci d’intéressant qu’elle est censée se mettre au service des intérêts du plus grand nombre. Les arbitrages doivent se faire au nom de tous et sous le contrôle démocratique des citoyens qui élisent leurs représentants.
Prenons un exemple : imaginons qu’un des milliardaires de la liste décide de verser des centaines de millions de dollars pour soutenir des groupes anti-IVG. Ces groupes sont puissants aux USA et tout à fait légitimes. Qu’en dirait-on de ce côté de l’Atlantique ? Trouverait-on cette généreuse donation toujours aussi charmante ?
Les choix particuliers ont ceci de dangereux et de normal qu’ils sont particuliers, ils peuvent être pertinents, ou pas, mais en tout cas ils ne sont pas légitimes ; s’en remettre à eux au lieu de faire confiance aux choix collectifs – pas toujours pertinents non plus mais légitimes - est un grand risque. En outre en mettant un coup de projecteur sur certaines causes et en leur allouant des sommes considérables les grands donateurs peuvent créer une distorsion au détriment d’autres causes qui l’instant t peuvent être plus urgentes et concerner plus de monde.
En fait la philanthropie à grande échelle n’est que le pendant du lent démantèlement des politiques de solidarité publiques.. comme dans un grand effet de vases communicants. Elle participe de la grande privatisation du monde qui consiste à transférer la gestion des systèmes collectifs aux intérêts et aux profits privés. Car a contrario on pourrait penser que dans un monde utopique et idéal la philanthropie ne devrait pas exister car elle ne serait pas nécessaire.

Une solution simple : l’impôt
Depuis le début des années 80 un travail de sape a été entrepris par les tenants d’un capitalisme dérégulé pour délégitimer l’impôt. Une des raisons essentielles de ce travail est de favoriser les classes les plus aisées, et notamment les propriétaires du capital (argument qui ne sera évidemment jamais mis en avant par les partisans du système). En général pour justifier ce rejet de l’impôt « honni » deux types d’arguments sont utilisés :
- Les sophismes idéologiques : « il n’est pas normal que quelqu’un paye plus de x% d’impôt » (justification type du bouclier fiscal). On énonce une fausse vérité qui a pour elle la simplicité de l’évidence. Trop d’impôt c’est mal. Mais pourquoi ? Sur quels critères se base-t-on ? L’économie tourne-t-elle moins bien ? Pourquoi les taux d’imposition étaient plus élevés auparavant sans freiner l’activité ? Pourquoi mettre un plafond à 50% et pas 40 ou 60% (explication : 50% c’est la moitié, ça frappe les esprits) ?
Evidemment en passant ou oublie de préciser que l’impôt sert à payer des services collectifs dont nous bénéficions tous (l’école, la justice, la police…) et que l’argent collecté ne part pas dans un grand trou - ce qui ne dispense pas bien entendu de s’interroger sur l’utilisation de cet argent- disparaissant pour toujours dans les limbes du gaspillage…sans parler de l’effet redistributif de l’impôt qui a priori concerne les citoyens les plus défavorisés,
- L’absence de service rendu : un autre angle d’attaque est celui qui met en avant l’inefficacité des services publics et donc l’inutilité de nos impôts. Cet argument est plus gênant car très habile ; en effet en réduisant les impôts on diminue la capacité de l’Etat à financer des services de qualité...et donc on accroit la propension du citoyen à se demander à quoi servent ses impôts puisque visiblement ils ne sont pas bien utilisés.. on alimente ici un superbe cercle vicieux et à terme plus personne ne comprend l’utilité de s’acquitter de ses impôts d‘où l’imparable logique qui consiste à le supprimer…
Mais de façon paradoxale ce que nous dit l’initiative américaine c’est qu’au lieu de s’en remettre à la philanthropie de généreux milliardaires il suffirait de rétablir le rôle de l’impôt pour arriver au même effet et en mieux : d’abord en ayant de vrais impôts progressifs sur les revenus et surtout en ayant des impôts très élevés sur les successions importantes. En outre cela dynamiserait nos sociétés car rien de pire que des sociétés de rentiers où les positions sociales sont figées à la naissance. Ceci est incidemment à l’opposé des choix fiscaux effectués en France depuis quelques années.
Par exemple que se passerait-il pour Bill Gates et Warren Buffet si on taxait automatiquement à 90% leur patrimoine au-delà d’un milliard de dollars ; il ne se passerait rien…leurs enfants, les enfants de leurs enfants, les enfants des enfants de leurs enfants… ne connaitraient jamais aucun souci financier et en même temps la collectivité pourrait décider du meilleur usage de cet argent de façon plus transparente et s’assurerait automatiquement – car la philanthropie comme l’homme est aléatoire - des ressources très importantes.
Ici il ne s’agit en aucun cas de considérer que l’innovation, la création de richesses, ou le profit c’est mal, mais qu’au-delà de certains montants (un milliard de dollars ça laisse une marge) l’impôt devrait être une évidence.
Ainsi par un curieux détour les milliardaires américains nous disent que la meilleure philanthropie c’est l’impôt.



lundi 30 novembre 2015

Europe : il n’y a plus d’abonné au numéro que …



Ce billet fera partie d’une série sur l’Union Européenne.

Depuis les attentats du 13 novembre on a beaucoup parlé de la question du sens, notamment en se référant au manque de perspective d’une jeunesse perdue, celle qui répand la terreur. La question du projet social, d’une vision partagée pas tous dans nos sociétés, d’une forme de transcendance collective, est bien au cœur des problèmes de notre temps.

La paix comme projet

L’Europe a (pu) longtemps constitué cet horizon dans lequel nous pouvions nous projeter pour bâtir une société plus harmonieuse. L’Europe était à la fois l’instrument et l’objectif d’une ambition collective. Cela n’est malheureusement plus le cas.
Ici il faut s’arrêter sur un phénomène générationnel très important. L’Europe en tant que projet, a été bâtie après la seconde guerre mondiale, avec l’idée force de rendre les guerres impossibles sur le territoire européen, singulièrement entre la France et l’Allemagne. L’Europe – au sens de l’Union Européenne, démarrée en 1957 comme Communauté Economique Européenne, poursuivie par la Communauté Européenne en 1992 et enfin transformée en l’Union en 2007 - comme garantie de paix était un idéal suffisamment  fort pour justifier l’existence de cette construction juridique, institutionnel et économique assez unique dans l’histoire des nations (pendant la guerre froide et jusqu’à la chute du mur Berlin, l’Europe a pu aussi être perçue comme un rempart contre le bloc communiste, évidemment ce qui n’est plus le cas. Elle pouvait aussi remplir cette fonction de protection contre un ennemi tout proche).
Ce moteur a été puissant pendant de nombreuses décennies, et pouvait suffire à masquer les insuffisances ou les erreurs de l’Europe : or cela ne marche plus.
Une des raisons majeures de ce changement est simple : les personnes nées après les années 70 – en France en 2013, 75% de la population a moins de 60 ans,  ce qui veut dire qu’elle est née après 1953, et 24,5% de la population a moins de 20 ans, soit née après 1993, les chiffres en Europe sont comparables - et qui constituent désormais la majorité de la population européenne n’ont plus de mémoire vivante de la guerre.
Ils ne l’ont évidemment pas vécu eux mêmes, et leurs parents nés le plus souvent  après la guerre, ne l’ont pas vécu directement non plus. La guerre devient alors un récit dans les livres d’histoire, où une parole d’anciens, mais qui a vocation à s’éteindre.
Lorsqu’on a toujours vécu en paix – les guerres dans l’ex Yougoslavie dans les années 90, ou plus récemment en Ukraine, même si elles étaient ou sont très proches géographiquement ne sont pas perçues me semble-t-il comme des guerres qui nous concernent - et que le souvenir de la guerre s’estompe voire s’éteint, un projet européen garantie de paix, même déficient dans d’autres domaines, mais qui apporterait au moins cela ne peut plus suffire. Cela constitue un changement fondamental dans la perception de l’Europe, dont les élites au pouvoir – par définition plus âgées – n’ont pas pris conscience. L’image d’un Kohl et d’un Mitterrand se tenant la main en 1984 à Verdun ne plus à elle seule de convaincre du bien fondé de l’Europe.

Et maintenant quel idéal ?

Dès lors il faut trouver autre chose, des raisons tangibles, concrètes, pour que les sociétés européennes et singulièrement les plus jeunes en leur sein puissent continuer à penser que l’Europe est un horizon de progrès. Or la réponse ne peut être la constitution d’une zone de libre échange étendue à l’ensemble du continent, ou d’une espace économique contraint par des disciplines budgétaires, ce que manifestement l’Europe est en train de devenir. La paix peut faire rêver, on peut même paradoxalement se battre pour elle, le traité de Lisbonne ou la BCE, ne font rêver personne, et ne déclencheront aucune ferveur ou dévouement.
Je ne dis évidemment pas, dans un raccourci que certains pourraient me prêter, que les terroristes du 13 novembre auraient agi autrement si l’Europe était un vrai projet, je dis en revanche que l’Europe qui pouvait être un vrai projet pour les européens ne l’est plus.
Je dis aussi de façon très pragmatique et immédiate qu’une meilleure coordination policière et judiciaire, qu’une vraie diplomatie européenne notamment dans la définition de nos relations vis à vis de certains pays, qu’une réelle solidarité entre les pays membres de l’Union, pourrait rendre notre lutte contre le terrorisme plus efficace.

Je reviendrai dans les prochains billets sur ce qui me semble indispensable pour l’Europe puisse redevenir un possibilité de projet.

mardi 17 novembre 2015

Que des doutes, en vrac

J'ai d'abord été pris par la sidération. Longtemps. Peut-être y suis-je encore. Scotché sur les lives TV ou Internet, ré-écoutant les mêmes analyses, les mêmes bribes d'infos. Et le brouillard dans la tête, saturé d'émotions. Dans le pays de Descartes, on pense que les émotions sont à écarter de la réflexion. Il faut avoir la "tête froide". Il a été démontré par les chercheurs (Antonio Damasio) que c'est une chimère et que les émotions sont partie intégrante de nos décisions. Des malades privés d'émotions ne sont plus capables de prendre la moindre décision.

Gardons nos émotions alors, tamisons-les mais chérissons-les aussi. Le problème, c'est que derrière l'écran de fumée des émotions à fleur de peau, il ne me reste que des doutes. C'est sain le doute. Je chéris le doute. La certitude, c'est la mort de la réflexion, la voie pavée aux extrémismes ou plus prosaïquement à la bêtise. Mais quand il n'y a plus que du doute, il y a de la douleur.

Mon premier doute ? Pourquoi ces attentats me touchent beaucoup plus que ceux de Charlie. Oh bien sur, j'avais été touché pour Charlie, triste, peiné. Je n'étais pas un fan du journal mais ses dessins me faisaient parfois bien marrer. Il y avait Bernard Maris, avec qui je n'étais pas toujours d'accord, mais qui était un vrai humaniste, qui chérissait le doute ("Plaidoyer impossible pour les socialistes"), économiste se moquant des économistes, utopiste voulant le beau et le bien. Et l'Hyper Cacher avec ce retour de l'odieux antisémitisme via l'islamisme radical. Et les policiers tombés. Et pourtant, je suis beaucoup plus touché cette fois-ci et je ne sais pas vraiment pourquoi ... le nombre de morts ? l'ampleur ? le fait qu'il n'y avait pas de cible, juste du pur hasard ? le fait que des terroristes utilisent des ceintures d'explosifs, non pas à Mossoul, Bagdad ou Beyrouth mais à Paris, France ? la jeunesse des victimes ? Mystère de la psyché, je n'en sais rien.

J'ai écouté François Hollande hier. D'un côté, il m'a paru bien, solennel, à la hauteur. D'un autre côté, je n'ai pas vraiment compris où il nous emmenait. Troquer un peu de notre liberté pour plus de sécurité ? Benjamin Franklin a déclaré il y a bien longtemps "Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'un ni l'autre et finit par perdre le deux". C'est beau, c'est noble, c'est éloquent et j'adhère à ça. Mais quand je vois que 48h d'état d'urgence fait surgir un RPG (entre autres) à 20km de chez moi, je doute.

On va "renforcer les frappes" sur Daesh. Bien, je ne vais pas pleurer sur leur sort. Mais pourquoi ne tapions nous pas à fond jusque-là ? J'imagine que c'était pour éviter de faire des "victimes collatérales", de déchiqueter des vieillards, des femmes, des gosses qui ont le malheur d'être sous la coupe de l'EI. Le message est-il donc que l'on va accepter un peu plus d'erreurs, au risque de créer des désespérés qui seront plus tard volontaires pour nous frapper ? Je ne sais pas.

Et que faire de la Syrie ? Faut-il jouer Bashar contre l'EI (on a bien joué Staline contre Hitler ...) ? Mettre des troupes au sol ? Après tout, il n'y a que 20.000 combattants côté Daesh. Mais que faire de cet immense territoire ensuite ? On sait déstabiliser mais stabiliser, très peu en fait. Que faire de toutes les métastases de cet Etat Terroriste en Libye ou en Egypte ? Faut-il se ranger derrière Poutine et ses méthodes radicales et oublier l'Ukraine ? Dire nos 4 vérités au Qatar et à l'Arabie Saoudite qui financent les islamistes ou à la Turquie et à son jeu ambigu ? C'est tentant de se dire "au diable le business, les ventes de Rafale et retour à la morale". Mais se faire de nouveaux ennemis dans la zone serait-il d'une quelconque utilité ? Si l'on ne parle qu'avec les "gentilles démocraties", on ne va plus parler à grand monde surtout dans cette région du monde.

Le doute encore sur les migrants. Oui, Daesh peut envoyer des bombes humaines via ce canal, mais faut-il abandonner toute compassion pour une illusion de sécurité ? Et les musulmans de France ? une 5ème colonne comme le clament certains. Non, certes, non, là encore il faut séparer le bon grain de l'ivraie (le bon grain étant de très loin majoritaire) mais l'idée d'avoir 100, 1.000, 5.000 on ne sait pas, "adversaires de l'intérieur" n'appelle pas de réponse simple. Les américains ont interné en Californie des milliers de japonais pendant plusieurs années lors de la Guerre du Pacifique. Par précaution. Je ne crois pas qu'ils en soient très fiers.

Du doute, rien que du doute. A part sur un point : les terroristes peuvent frapper de nouveau, pas demain mais dans quelques mois. Pour échapper à leurs propres doutes j'imagine, certains fustigent Hollande, Valls ou Sarkozy. Comme si un politicien miracle pouvait réduire le risque à 0. D'autres s'imaginent résister en buvant un coup en terrasse. Oh bien sur, oui, il faut reprendre la vie d'avant mais se prendre pour un apprenti-Jean Moulin en sifflant un demi ... Sachant par ailleurs que la foudre tombe rarement deux fois au même endroit et que les terroristes savent adapter et varier leurs mode opératoires.

Vivons, agissons, n'oublions pas, essayons d'éliminer un peu de ces doutes mais pas trop. Le doute c'est l'inconfort mais la certitude est notre ennemi.

Nicolas QUINT, 16/11/2015

dimanche 15 novembre 2015

Le jour d'après


Évidemment j’aurais préféré ne jamais écrire ce billet. Mais avant toutes choses un pensée pour les victimes, leurs familles et leurs proches. Et aussi mon admiration et mon respect aux forces de police et à tous les soignants.
Ce blog se veut un espace de réflexion et je pense qu’une des meilleures façons de combattre le terrorisme, la barbarie, l’horreur, c’est justement l’analyse pour comprendre et agir.
Je livrerai ici quelques éléments et je renverrai à ce que j’écrivais il y a quelques mois après les attentats de janvier et dont l’actualité reste, tragiquement, vive.

a)    Le risque zéro n’existe pas.
Quels que soient les moyens, surveiller plusieurs centaines, voir milliers, d’apprentis djihadistes radicalisés est tout simplement impossible. Daesh – et ses alliés – dispose d’un réservoir important de candidats à la folie et des moyens matériels et financiers d’organiser, planifier et commettre des attentats. Bien sûr on peut améliorer l’efficacité des services de renseignement et de surveillance, on peut renforcer les mesures de sécurité et les contrôles, et il faut le faire. Mais encore une fois le risque zéro n’existe pas. Ceux qui, de façon indigne, utilisent ces évènements à des fins politiciennes sur l’air de « on n’a pas fait assez », « on aurait fait mieux », sont des démagogues et des menteurs (on remarquera par ailleurs que les mêmes nous expliquent qu’il faut que l’on paye moins d’impôts ou que l’Etat est obèse. On fait comment pour financer plus de policiers, gendarmes, de magistrats ?).

b)    Ici et maintenant, loin et demain
L’éradication du risque terroriste ou en tout cas sa diminution drastique dépend à la fois d’actions concrètes sur notre territoire (depuis l’éducation en amont jusqu’à la répression en aval), d’une réelle coordination diplomatique internationale, et enfin d’une politique étrangère cohérente, y compris dans sa dimension militaire. A ce titre la politique occidentale depuis le 11 septembre 2001 est un fiasco absolu.

c)    Jeu d’échecs
Les terroristes agissent avec un coup d’avance. Tout d’abord ils ont la maîtrise du calendrier de leurs attaques et peuvent donc anticiper sur les conséquences. Ensuite ils ont une vision de long terme.
Les stratèges de Daesh – car malheureusement ils ont des stratèges qui eux tirent les ficelles bien loin de la France – veulent étendre le califat au delà du Moyen Orient. Et dans leur vision du monde fanatique et totalitaire, pour réussir cela il faut d’une part installer la terreur dans les populations visées et les « antagoniser »,  notamment en créant une fracture entre les populations musulmanes et les autres habitants. Leur rêve – et notre cauchemar – est sans doute de provoquer des tensions telles que nos sociétés évoluent vers des situations de guerre civile.
Il faut comprendre cela et mettre en place les bonnes stratégies de riposte. Nos hommes politiques qui semblent ne raisonner que dans l’instant, avec pour certains comme seul horizon les prochaines élections, ne sont pas hélas rassurants sur ces sujets.

Je conclurai en reproduisant un texte que j’avais écrit lors des attentats de Charlie et de l’Hypercasher et en renvoyant vers une analyse plus détaillée des pistes que je propose qui s’intitule « Après Charlie: repenser le lien entre religion et notre politique. » 

  http://blogs.mediapart.fr/blog/chem-assayag/200115/apres-charlie-repenser-le-lien-entre-religion-et-notre-politique



Lettres de guerre

le m n’a plus toutes ses jambes et erre sur la page

tandis que le t mutilé n’est plus le même

le q pleure sur le cadavre couché, horizontal, du s

et le g et le f encore terrées dans leurs tranchées n’osent sortir leurs têtes

un vent mauvais a décapité le b, cisaillé le i, guillotiné le h

un n unijambiste se traîne entre les lignes

et un o instable roule telle une bille folle

rien n’a survécu sauf un v lâche et un x inconnu

seul le l droit et fier défend l’honneur de l’alphabet

secrètement il espère la p