mardi 2 mai 2017

Start (me) up !


Tout d’abord je tiens à préciser que je voterai pour Emmanuel Macron au second tour ; cela ne sera pas de gaieté de cœur mais je le ferai sans hésitation, car entre sa candidature et celle de Marine Le Pen il y a une différence de nature.

J’ai déjà évoqué sur Neotopia l’absence de nouveauté de Macron et son inscription dans ce que j’appelle le sociétal-libéralisme, qui est une orthodoxie économique combinée à un progressisme sociétal. C’est à dire un programme, pour faire simple, qui peut séduire ceux qui sont déjà les gagnants de la mondialisation ou qui pensent pouvoir l’être. Il faut noter ici que Macron a réuni au premier tour à peine 10% des Français, si on tient compte de l’abstention et des votants en sa faveur qui disent adhérer à son programme. C’est un socle extrêmement faible mais qui a suffi dans un contexte politique particulièrement favorable au fondateur d’En Marche !, et qui pose avec acuité la question de la politique qui sera  menée.

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Au delà de son programme – ou de son projet, que je ne trouve pas séduisant, je me suis demandé par ailleurs ce qui ne me plaisait pas chez Macron. Il y’ avait quelque chose d’indéfinissable qui allait au delà des idées, et ce quelque chose était lié à un style, une posture, une façon de faire. C’est le livre d'Eric Sadin (La Silicolonisation du Monde, Editions l’Echappée - ouvrage très intéressant qui évoque la prise de contrôle de nos vies par un hybride du capitalisme et des intelligences artificielles – néanmoins il faut en noter le côté manichéen qui en atténue la pertinence) qui m’a mis sur la voie.
Emmanuel Macron, non seulement se veut proche du monde entrepreneurial et/ou des start-up, et d’ailleurs il était vu comme leur candidat, mais il  conçoit la politique comme une entreprise, et plus précisément justement comme une start-up. En l’occurrence il s’inscrit dans un mouvement qui vise à faire l’entreprise la forme ultime – désirable et nécessaire – d’organisation des groupes et collectivités humaines. Dans ce paradigme, l’entreprise est parée de toutes les vertus : les décisions qui s’y élaborent sont rationnelles, le mérite y est reconnu et promu, les processus sont élaborées avec soin et sont suivis à la lettre, les individus s’y épanouissent.  Donald Trump a d’ailleurs affirmé haut et fort qu’il entendait gouverner les Etats-Unis comme une entreprise, sous-entendant qu’ainsi tout irait mieux – évidemment il ne dit pas pour qui… Mais ici Trump ne fait lui même que prolonger un mouvement de fond, qui a placé sur un piédestal cette forme particulière d’organisation et ses modes de fonctionnement. Certaines méthodes spécifiquement élaborées pour le monde de l’entreprise ont d’ailleurs été reprises telles quelles par certains gouvernements, je pense par exemple à la « nudge theory », reprise par le gouvernement britannique et sa « nudge unit ».
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Le langage politique a  aussi été contaminé depuis plusieurs années par une langue managériale dont Nicolas Sarkozy avait été  en son temps un des grands promoteurs ; acronymes, anglicismes, mots valises en sont les éléments. On parlera de RGPP, d’indicateurs clés, d’optimisation des ressources et bien sûr de réforme, de la sacro-sainte réforme, qu’il faudra élaborer avec des cabinets de management.

Quant à lui, Emmanuel Macron adopte comme modèle un type particulier d’entreprise : la start-up. On ne reviendra pas ici dans le détails sur ce qu’est ou peut être une start-up mais on en retiendra quelques caractéristiques : la start-up privilégie la rapidité d’exécution à tout autre critère de fonctionnement, elle doit être flexible y compris en adoptant drastiquement son offre à son marché au cours du temps, la conquête de parts de marchés est privilégiée au détriment de la rentabilité (au moins au début),  elle se doit d’être innovante et cette innovation en fait une entité qui ne s’embarrasse pas de l’histoire – de son industrie,  de son secteur. En outre elle peut être fortement identifiée à son fondateur. Et finalement elle est désirable car elle fait miroiter la promesse de richesse pour ceux qui en sont membres.
 En Marche ! est bien conçu comme une start-up : organisation partie de rien, rapidité extrême d’exécution, adaptation au marché (le programme de Macron a été bâti à partir de milliers d’entretiens) et aux circonstances (gestion des ralliements), logique de parts de marché (on arrive au pouvoir et après on verra avec qui gouverner), financement graduel y compris sous la forme d’un « crowdfunding politique », et figure charismatique du chef et/ou chef d’entreprise. Enfin la récompense pour les membres du mouvement est explicitée à travers une double règle: seuls ceux qui en « sont », et si possible dès le début, se verront offrir postes et honneurs, tandis que les ralliés de la dernière heure ne doivent rien attendre. Ici on se rappellera la désormais fameuse phrase de Emmanuel Macron : « il faut des jeunes Français qui aient envie d’être milliardaires ».
Et si En Marche ! est pensée comme une start-up cela laisse fortement penser que Emmanuel Macron pense la politique come une start-up, c’est à dire comme une entreprise.
Or le tableau idyllique de l’entreprise que nous avons évoqué plus haut est totalement faux – l’entreprise, comme toute collectivité humaine est aussi un lieu de conflits, d’irrationalité, de jeux de pouvoir, et parfois de souffrance. Mais surtout les laudateurs de l’organisation entreprise font l’impasse sur un élément fondamental : l’entreprise n’est pas au service de la Collectivité, mais au mieux de ceux qu’on appelle les/ses parties prenantes (salariés, actionnaires, partenaires, clients)  et de plus en plus souvent elle est au service des seuls actionnaires, avec comme objectif principal et intangible de dégager du profit.  Dès lors l’entreprise ne peut être un modèle organisationnel – ou à  la marge – car elle est subordonnée à des finalités qui lui sont spécifiques et qui peuvent viser à l’éviction d’organisations concurrentes. Pour le dire autrement l’entreprise est une organisation qui sert des intérêts particuliers et sa réussite ultime correspondrait souvent à la disparition de toute autre structure sur son marché.
Ainsi concevoir la politique comme une entreprise et a fortiori une start-up c’est  vouloir utiliser un modèle de gouvernance inapproprié, inadapté. La politique est une affaire de temps long, d’histoire, de compromis, d’inclusion et non d’éviction, et surtout elle doit placer au dessus de toute autre considération l’intérêt général.
Au delà du fond ce qui provoque une gêne chez Emmanuel Macron c’est l’adoption de ce  modèle d’organisation qui me semble difficilement compatible avec une bonne gestion publique et la prise en compte d’intérêts multiples et contradictoires. Un Etat n’est pas une entreprise, un gouvernement n’est pas une start-up.
Peut être que Macron changera de modèle s’il arrive au pouvoir, mais cela nous le verrons plus tard.
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samedi 4 février 2017

La chance Trump


Depuis sa prise de fonction Donald Trump  met en œuvre son programme liberticide et protectionniste à une vitesse qui laisse un peu sonné, à défaut d’être surpris, car Trump fait ce qu’il avait dit qu’il ferait.
C’est une très mauvaise nouvelle pour les américains, dont une majorité, rappelons-le, a voté pour Hillary Clinton.
Résultat de recherche d'images pour "trump"Bien entendu il faut dénoncer et combattre les décisions de Trump, qui sont contraires aux valeurs fondamentales partagées par, ce qu’on appellera par facilité, les « démocraties occidentales ».
Mais Trump peut être aussi une chance, et nous allons voir pourquoi.
Tout d’abord Trump devrait mettre fin aux discussions sur le TIPP, le fameux traité transatlantique ; ce que les opinions publiques européennes n’ont pas obtenu de leurs gouvernements et de la Commission, c’est-à-dire le retrait de ce traité néfaste, Trump va le faire pour nous. Voilà une première bonne nouvelle.
Défense et diplomatie
Ensuite en affirmant une position isolationniste qu’on pourrait résumer en « America first and only », Trump signifie aux européens que leur défense va être le cadet de ces soucis, et ce dans un contexte où un étrange axe Washington/Moscou semble se dessiner. En outre, l’OTAN semble être devenue une coquille vide, le réceptacle dépassé de vieilles stratégies. Cela doit obliger l’Europe à repenser sa défense et au-delà sa diplomatie, dans un monde de plus en plus incertain, avec des menaces croissantes et des alliances de plus en plus instables.
Pour cela il faut imaginer une évolution notable des doctrines et des politiques en vigueur ; avec la Grande Bretagne sur le chemin du départ, une Europe de la défense et de la diplomatie doit se structurer autour d’un axe France/Allemagne, car il n y a désormais pas d’autre alternative. Cela implique que l’Allemagne puisse à nouveau s’imaginer et s’impliquer comme une puissance diplomatique voire militaire, et fasse évoluer la doctrine héritée de la défaite de 1945. Au delà de la dimension militaire de cette « alliance » l’élaboration d’une politique commune vis à vis de l’Afrique et du Moyen Orient est une obligation, en raison d’une part de la proximité géographique avec ces zones d’instabilité, et ensuite en raison du potentiel de développement que représentent ces régions – notamment pour l’Afrique. Cette initiative doit se faire hors du cadre de l’Union en agrégeant les pays intéressés (les candidats naturels sont sans doute l’Italie et l’Espagne). En effet la pesanteur des prises de décisions dans le cadre actuel de l’UE et les intérêts divergents de ses membres, rendent impossible d'imaginer cette politique dans une Union à 27.
Écologie, culture et social
Au-delà des questions diplomatiques il faut aussi complètement réorienter notre politique européenne, ou plutôt la façon dont l’Europe s’imagine et se construit; la probabilité que cela puisse se faire dans le cadre de l’Union est là aussi quasi nulle. Dès lors il faut faire une pause c’est à dire considérer que l’Union avec sa structure et sa gouvernance actuelles a atteint une limite ; dès lors toute évolution devra se faire en dehors. En revanche il faut avancer avec un groupe de pays (là encore l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie sont des candidats intéressants) sur la voie d’une nouvelle Europe, en affirmant son caractère social, écologique et culturel. Face à une Amérique repliée et défendant ses seuls intérêts et une Chine au modèle social si différent, il faut construire un ensemble cohérent et fort.
Cet ensemble (France/Italie/Allemagne/Espagne (FIAE)) représenterait la troisième puissance économique mondiale, avec un PIB de l’ordre de 50% de celui des USA, et un rôle de premier plan dans les échanges mondiaux. Ce regroupement peut donc peser et compter, et s’affirmer comme un acteur autonome – avec comme condition nécessaire la définition d’une politique de défense et diplomatique évoquée plus haut.
Résultat de recherche d'images pour "europe"Pour cela il faut se mettre d’accord sur quelques principes/mesures fondamentaux qui pourraient permettre aussi de redonner confiance dans un destin commun aux différents peuples concernés. En voici quelques uns :
-        - Une harmonisation fiscale et sociale très poussée, avec comme objectif de s’assurer du paiement réel de l’impôt par les entreprises sur la zone FIAE, en décourageant sévèrement l’optimisation fiscale. Cela permettra de récupérer des marges de manœuvre budgétaires significatives,
-        Une mutualisation des budgets de recherche, en définissant de grandes priorités et en y consacrant des sommes importantes (transition écologique et nouvelles énergies, intelligence artificielle..),
-        - Une solidarité budgétaire entre les pays de la zone, avec par ailleurs une « sortie » des règles européennes de déficit et de dette,
-        - Un accroissement significatif des échanges éducatifs, universitaires et culturels. On pourrait fixer par exemple comme objectif l’apprentissage systématique de 2 langues de la zone FIAE en plus de sa langue maternelle,
-        - Des objectifs communs en matière de politique énergétique (énergies renouvelables, normes, réduction des émissions polluantes)… A ce titre on rappellera que 5 des 10 premiers constructeurs automobiles mondiaux sont originaires de France, d’Allemagne ou d’Italie, ce qui devrait permettre d’être ambitieux dans ce domaine,
-        - Des normes sanitaires exigeantes privilégiant la santé des populations et non pas les marchés des entreprises (industries chimiques et pharmaceutiques, réglementation alimentaire..),
-        - Des normes sociales convergentes et protectrices (salaire minimum, droit à la retraite, revenu universel ou équivalent..).
Tout cela devrait se faire dans le cadre d’une gouvernance à imaginer, mais qui devra privilégier une démocratie réelle où les peuples gardent la maîtrise des décisions (Parlement des FIAE pour les décisions relevant de la zone ? gouvernement commun de la zone ?..)
Résultat de recherche d'images pour "futur"L’élection de Donald Trump oblige donc les européens à repenser leur avenir et à redéfinir les conditions d’une vraie souveraineté.  L’Union est un cadré dépassé pour cela car trop lent, trop sclérosé et regroupant des pays aux intérêts trop divergents.  Il y a donc là une occasion unique à saisir pour réaffirmer un projet fédérateur et ambitieux, faisant d’une partie du continent une terre de progrès. Si nous ne profitons pas de ce moment historique, nos vieux pays seront condamnés à assister en spectateurs au déroulement de l’Histoire, colonies ou vassaux d’autres nations ou ensembles.